Accessibilité militante et arts

Barcelone, partie 2

Barcelone el 29 de marzo

Avant que je ne l’oublie, quoique je ne sais pas comment je pourrais l’oublier, il faut absolument que je vous parle des tapas. Alors là ! mes amis ! si vous voulez vous en mettre plein la panse, vous faire péter la chaudière, vous en fourrer jusqu’à la gorge, c’est l’idéal. Je suis allé sur la fameuse Remblas dont je vous ai déjà parlé, cette grande rue qui mène au port. Là se trouvent plusieurs bars à tapas, le problème est de dénicher celui qui va bien : sympa, pas trop attrape-touriste et surtout, mangeable.
Grâce à une connaissance espagnole d’un de mes copains, nous sommes allés dans un lieu excellent. Là, nous avons choisi un assortiment de tortilla aux pommes de terre, des champignons marinés, des gambas (entendez crevettes), et des patatas bravas qui sont des pommes de terre hautement relevées. J’ajouterai l’incontournable et magnifique pain croquant frotté à la tomate et huile d’olive. Le tout accompagné d’une serveza bien fraîche. Pour vous dire à quel point c’était bon et copieux, je n’ai pas pu prendre de dessert. J’en salive encore et je compte bien y retourner avec ou sans vous. Mais le prochain qui se pointe ici, je ne pourrais pas m’empêché de l’y emmener, c’est un régal. Bon j’arrête là, j’ai l’estomac qui grenouille.
Ah non ! je ne peux pas m’arrêter tout de suite. Il y a aussi la paella maison et les calamars marinés que j’ai mangés hier pour l’anniversaire de Marìn. C’était une petite fête très chaleureuse où se mélangeaient espagnols, uruguayennes et français. J’ai notamment fait la connaissance de la maman de Marìn, une dame de 83 ans très pétillante et joyeuse. J’ai fais sensation en jouant quelques chansons en espagnol. Même si à la fin de la journée j’avais la tête comme « un bombo » à force d’entendre de l’espagnol à toute vitesse et sur n’importe quel sujet, j’étais heureux. J’ai eu du mal à en placer une, mais au moins, je me suis régalé en écoutant cette langue qui décidément me plaît. Comparativement à l’anglais, il n’y a guère d’efforts à faire pour comprendre. En réalité, mon succès vient du fait que jusqu’au moment de chanter, je n’avais pas tellement parlé. Et je crois que beaucoup ont été surpris par mon castillan. C’est du moins les compliments qui m’ont été prodigués ensuite.
Cette journée m’a fait comme un déclic pour ne plus avoir peur de parler, quitte à faire des fautes. Après tout, c’est la première fois que je viens en Espagne et les fautes font partie du charme des étrangers en général, du mien en particulier.
La fois prochaine, je vous raconterai les « montaditos », autre expérience culinaire. Pour ceux qui disent que je ne pensent qu’à ça, c’est parfaitement exact et je le revendique haut et fort. Mais il y a tellement de choses à goûter… Et puis je ne voudrais pas rentrer en France avec des kilos en moins comme lorsque je suis revenu d’Angleterre.

Viernes el 16 de abril

Contrairement à ce que je vous avais annoncé, je ne vous parlerai pas cette fois de montaditos car je n’ai pas encore eu l’occasion d’y goûter. Par contre, je vais vous narrer mon séjour à Grenade et Almuneca que j’ai effectué avec des amis durant la semaine sainte.
Ayant eu vent de la formidable ferveur qui sévit durant cette semaine très religieusement suivie en Espagne, j’ai décidé de me rendre en Andalousie avec deux autres amis de ma classe d’Angers, Julien et Gonzague. Pourquoi l’Andalousie ? me demanderez-vous. Parce nous y avons rejoint d’autre camarades de classe qui effectuent leur séjour de fin d’étude à Grenade et puis surtout parce que de nombreux espagnols m’ont confirmé qu’il y avait là-bas davantage de manifestations et de processions durant la semaine sainte qu’en Catalogne. Je ne sais si cela est dû à l’avarice que l’on prête volontiers aux Catalans ou s’ils sont tout simplement moins religieux qu’ailleurs. Toujours est-il que nous avions décidé de partir le mardi matin par le train de 9H00 en direction de Valence où nous devions rejoindre des amis qui nous emmèneraient ensuite en voiture jusqu’à la dernière ville occupée par les maures en 1492.
Voici plusieurs années que je rêvais de voir l’Alhambra pour en avoir entendu parler par papa et divers reportages télévisés. Mon désir était d’autant plus fort que, ayant prévu ce voyage, j’avais commencé la lecture des Contes de l’Alhambra par Washington Ivring peu de temps avant. Mon excitation et mon impatience étaient donc à leur comble en partant vers la gare. Nous devions nous retrouver là-bas, Julien, Gonzague et moi, une demi-heure avant le départ du train. Au moment où je téléphonai à Julien pour lui indiquer où me trouver dans l’immense gare de Sans, il m’annonça qu’ils ne pourraient être à temps car lui ne s’était pas réveillé. J’eu du mal à cacher ma colère mais jugeai que nous avions le temps et que nous pourrions peut-être prendre le train suivant.
Quand ils arrivèrent enfin vers 9h00, on nous dit que le prochain train ayant des places libre n’était pas avant 16h00. Julien et moi décidâmes donc de faire un tour sur la Remblas en attendant, tandis que Gonzague allait rendre visite à des amis. Rendez-vous était pris pour 15h30, devant la consigne où nous laissâmes nos bagages.
Je profitai de la présence de Julien pour chercher un photographe qui put me faire des photos au format exigé par le consulat pour le renouvellement de ma carte d’identité (3,5 X 4,5 cm, et non découpées), Le règlement, c’est le règlement ! Nous en trouvâmes un sur la place de la mairie. Ensuite, Julien voulait me montrer un café et un bar à tapas qu’il avait expérimenté dans le vieux Barcelone nommé (le bario gòthico). Le café en question est un lieu très branché où sont installés des fontaines et de faux arbres dans une ambiance très végétale et très gaudienne. Ensuite, nous sommes partis à la recherche de ce bar à tapas, arpentant les petites ruelles de la vieille ville. Après une bonne heure de marche, nous le dénichâmes et Julien s’aperçu que nous étions plusieurs fois passés devant sans qu’il le reconnut car il était fermé. Ainsi mis en appétit, nous essayâmes un autre bar galicien. Rien d’extraordinaire au demeurant : une sorte de fish and chips et un Yaourt nature de chez Danone. Julien quant à lui, prit des flageolais, aliment parfaitement adapté avant de prendre le train pour se faire de la place.
Nous regagnâmes la gare et arrivâmes en même temps que Gonzague. Enfin, nous pouvions commencer le voyage.
Comme à mon habitude, et la promenade dans Barcelone aidant, je passai les trois heures de train à dormir. Arrivés à Valence, Benoit et Laurent nous attendaient. En rentrant chez eux, nous passâmes d’abord chez des amis marocains qu’ils connaissaient. Malheureusement, ils n’avaient pas de quoi nous accueillir tous pour le dîner et nous allâmes donc au Burger King (un restaurant typiquement espagnol, comme chacun sait). Il était convenu que nous rejoignions les marocains quand chacun aurait mangé, mais n’en pouvant plus, je rentrai me coucher chez Benoit et Laurent. Ils partagent leur appartement avec une femme allemande et son insupportable clébard par lequel elle a remplacé son ex (sic) et à qui elle cède tous les caprices, notamment celui d’aboyer en permanence aussitôt qu’on ne s’occupe pas de lui. Bien qu’elle parle un excellent français, la conversation en devient donc rapidement pénible car le toutou couvre allègrement les voix tel un gamin intrépide. Qui plus est, la maîtresse parle sans cesse et de façon plutôt négative. Nous nous entassâmes tant bien que mal dans les chambres, à la dur, sur le carrelage, mais avec un bon duvet. Quand je vous disais qu’il fallait que je fasse du gras...
Nous convînmes de partir de Valence à 8h00 le lendemain pour arriver à Grenade vers 13h00.
Après avoir traversé les collines arides d’Andalousie, nous arrivâmes à Grenade sans encombre. Là, nous y retrouvâmes Alexandre et Aurélie, Alain, Erwan et d’autres personnes avec qui nous nous rendîmes dans un bar à tapas de folie. Pour 1,5 Euros, nous avons le droit à une assiette de deux tapas et un verre de sangria. Ici, les tapas sont des sortes de grand fours dans lesquels on mets au choix du chorizo, du jambon, de la tortilla. C’est tellement copieux qu’il est même difficile de goûter à tout. Le bar est plus typique et moins léché qu’à Barcelone. Tout le monde est debout, marche sur les épluchures de graines de tourne-sol et donne de la voix pour se faire entendre. La sangria fruitée et fraîche se boit comme du petit lait, mais il n’est que 4h00 de l’après-midi et la nuit promet d’être longue car nous prévoyons d’assister à la procession des gitans. Je me limite donc à deux. D’ailleurs, il est temps de sortir vers la plaza Nova pour voir partir la procession. Avec Aurélie, nous trouvons une bonne place au soleil, sur les marches d’une église. Cependant, le défiler se fait attendre et Aurélie dit qu’elle aurait bien mangé une excellente glace si Alexandre lui avait laissé le porte-monnaie. Mon estomac ne fait qu’un tour et je lui propose de l’accompagner et de lui offrir la glace qu’elle m’a décrite comme étant tellement délicieuse. Elle ne veut pas que je lui offre mais craque sans résistance quand je lui suggère de lui avancer l’argent. Sur ses conseils, car elle semble bien connaître les lieux, nous prenons chacun une coupe moitié Turon, moitié pépites de chocolat et vanille. Quand nous revenons à notre place de choix, le défiler approche à pas très lents, rythmé par des tambours et trompettes jouant une sorte de marche funèbre. Une vingtaine ou une trentaine de pénitents portent de lourds rondins de bois sur lesquels est posée une grande statue du Christ en croix. L’air de musique suivant est plus allègre, quoiqu’un peu militaire. Je savoure cet instance unique plein de soleil, d’allégresse où l’on sent et palpe la ferveur de la foule. Jeunes et vieux, familles et amoureux sont rassemblés autour de la procession. Beaucoup même la suivent, gitans ou pas.
Pourtant, selon les informations de Alain et Erwan, le plus spectaculaire dans cette marche n’est pas le début, mais la fin. En effet, malgré le poids évident de leur charge, les pénitents terminent leur chemin par une série de côtes qu’ils gravissent en courant aux environ de 1h00 ou 2h00 du matin. Nous décidons donc de grimper la colline du Sacremonte pour nous poster le mieux possible et encourager le convoi. En attendant, nous nous rendons dans le quartier de l’Albacin qui est une longue ruelle dont la pente très raide se gravit par des marches espacées de deux ou trois mètres. De chaque côté, de minuscules boutiques vendent des objets marocains : bracelets, vêtements, tamtam en peau de chèvre. Nous faisons escale dans une piteria pour y boire le thé à la rose et fumer le narguilé aux vapeurs de vanille. Un vrai délice avant d’attaquer notre parcours du combattant.
Le chemin qui doit nous mener au point de passage le plus intéressant de la procession est à plusieurs heures de marche avec côtes, pentes et escaliers à la pelle. Heureusement mes camarades se relient pour me porter, selon la technique de la chaise, dans les passages délicats. Très vite, je discerne des binômes plus confortables que d’autres pour mes fesses peu charnues. Quelle que soit la paire, je l’encourage en lançant quelques plaisanteries d’autodérision. J’exige qu’on m’appelle Boabdil junior prince de l’Alhambra.
Sur la route, nous nous informons du trajet de la procession. Le téléphone arabe marche bien aussi en Espagne. Rien d’étonnant après 7 siècles de domination. Il y a forcément des restes. Entre chien et loup, nous débouchons sur une place en haut d’une colline où percussionnistes et jongleurs font le spectacle. Un autre amuseur, un peu plus loin, fait des pitreries sur un fil tendu au-dessus du sol. Nous sommes tous en manches courtes et nous rendons compte que le soleil tombe et que la nuit sera fraîche. Deux ou trois personnes se proposent de redescendre chercher des pulls pour tout le monde. Ils en ont pour deux heures aller-retour. Pendant ce temps, nous continuons notre marche vers ce que nous pensons être une étape de la procession. Un instant, le découragement nous gagne car des passants nous affirment qu’elle ne passera pas avant 5 ou 6 heures du matin. Nous posons à nouveau la question à un autre groupe qui nous rassure et nous dit qu’elle passera vers les une heure, deux heures du matin. Il est 11 h du soir et nos estomacs nous rappellent à l’ordre. Un autre commando part donc en mission pour le ravitaillement. Avec Julien, nous nous installons près d’un feu de camp allumé sur une petite place d’église. A cette heure tardive, il y a encore des enfants et même des bébés dans leur berceaux. Très vite, le public s’agglutine et nous cherchons un lieu suffisamment bien placé. Pour ma part, je préfère me coller contre un mur pour ne pas subir d’éventuels mouvements de foule toujours probables en pareille circonstance, surtout en présence du feu. L’attente est longue et la fatigue se fait sentir. Ceux-là même qui, il y a une heure, jouaient les fiers à bras en clamant qu’ils tiendraient jusqu’à 6 heures du matin pour l’arrivée finale du cortège, clignent des yeux et baillent aux corneilles. Au loin, nous percevons enfin des applaudissements et des cris d’encouragements. C’est signe que le convoi approche. Il faut pourtant attendre encore dix bonnes minutes avant qu’ils soit à notre hauteur.
Les athlètes arrivent enfin, précédés d’ouvreurs qui écartent la foule pour leur frayer un passage, et annoncé par un unique tambour. Cependant, le rythme qu’il martèle n’augure en rien de leur incroyable allure. On ne nous avait pas raconté de bobards, ils courent réellement avec leur considérable charge sur les épaules. Sur la plate-forme qu’ils transportent, des statues brûlent, ce qui produit un mouvement de recule. Je me félicite de m’être adossé à un mur. Des Gonzague, Alexandre et Aurélie, placés plus haut sur un muret affirmeront ensuite que les flammes les ont léchés. La marche s’arrête dix minutes pour un repos bien mérité ; puis, sous les cris admiratifs des spectateurs, repart. Un second convoi arrive. La même scène se reproduit. Ensuite, la foule se disperse.
Il nous faut à présent redescendre le chemin en sens inverse car nous décidons de nous rendre à Santa Fe pour nous délasser dans des sources thermales issues de roches volcaniques que nos compagnons de Grenade ont déjà expérimentées. Vers deux heures du matin, tout le monde est rassemblé autour des voitures, armé de sa serviette et de son maillot de bain. Est-ce l’émerveillement produit par la procession, la perspective d’aller se baigner dans l’eau chaude ou le plaisir d’être tous ensemble ? je suis heureux et ne ressens plus de fatigue. Je suis aussi ému par la solidarité dont ont fait preuve mes copains tout au long de la journée : me guidant pour m’éviter les embûches, me portant lorsque l’ascension leur semblait trop difficile et pénible pour moi.
Après un quart d’heure de route, nous nous engageons sur une sorte de piste montagneuse d’un kilomètre ou deux. Quelques chiens errants aboient sur notre passage. Nous garons les voitures auprès d’un des bassins. Ceux-ci sont constitués de roches et disposés en cascade. L’eau chargée de soufre qui tombe de l’un à l’autre forme une petite chute qui, par cette nuit au clair de lune, dans cet endroit désert, résonne comme un torrent. Ceux du groupe qui y sont déjà venu (heureusement car l’endroit n’est pas facile à trouver), suggèrent d’aller dans le bassin du milieu qui, semble-t-il sent moins l’œuf pourri que celui du dessus où ils étaient allé la première fois. Aussitôt dit, aussitôt fait. Sans craindre la fraîcheur de la nuit, nous nous déshabillons et nous précipitons dans une eau à 27 ou 28 degrés dans une piscinette de trois mètres de diamètre. Malheureusement, Aurélie, la seule fille du groupe, ne nous a pas accompagné. Nous barbotons là tranquillement car il est difficile de faire des longueurs dans cette pataugeoire où nous sommes huit. Les uns font de petits plongeons, d’autres, dont votre serviteur, se font masser les lombaires par la cascade d’eau qui vient du bassin supérieur -un vrai régal ! -, d’autres encore immortalisent l’instant en prenant quelques photos. La chaleur est telle qu’il faut de temps en temps se hisser sur le bord, comme une grenouille, pour venir chercher le frais. Nous batifolons ainsi une bonne heure et demi. Pour ma part, je me sens détendu, plus de crampes au jambes, les muscles tout ramollis et prêt pour un excellent sommeil réparateur. Tandis que quatre d’entre nous partent se coucher, les plus vaillants s’arment de courage pour aller faire la queue et acheter des billets pour la visite de l’Alhambra que nous souhaitons entreprendre dans l’après-midi.
Il est plus de cinq heures, Grenade ne s’éveille pas encore, et moi je m’endors dans une chambre d’hôtel que je partage avec Julien, épuisé, mais déjà farci de souvenirs et d’images d’une journée bien remplie. Toutefois, avant de me coucher, je prends une douche afin de me rincer de l’eau sulfureuse des sources.
Nous nous donnons rendez-vous à 13 heures devant chez Alexandre pour ne pas rater la visite qui commence à 14 heures.
Vers midi, Julien et moi allons acheter un pain au chocolat à la boulangerie et nous installons dans un petit café pour en prendre un grand. A 13h10, tout le monde est au rancart, ce qui est une performance, compte tenu que nous sommes nombreux et que ceux qui ont fait le pied de grue pour acquérir les billets d’entrée n’on guère dormi que trois heures. Nous décidons de prendre des taxis (deux groupes de quatre) pour monter vers le fameux palais rouge. Mon rêve va bientôt se réaliser. Gonzague aussi est impatient et, comme moi, il cache difficilement son énervement quand le second taxi tarde à arriver. Enfin, tout le monde est là, billet en main. Nous pénétrons par la salle des rois et là surgit déjà l’émerveillement. Un harmonieux mélange de bois, de marbres et d’albâtre, le tout finement travaillés offrent aux regards comme au toucher une sensation de fraîcheur de luxe et de légèreté à la fois. Dès qu’ils le peuvent, mes camarades m’invitent à toucher les moulures, les bas-reliefs, les sculptures murales. Ils me décrivent aussi tout ce qu’ils peuvent et je sens, à travers leur ton, même si les mots ne sont pas forcément les bons, toute l’émotion et l’éblouissement qu’ils ressentent eux aussi. Dans la cours des lions, un garde nous dit qu’il est interdit de toucher les gravure sur le mur. Une déception passagère traverse notre groupe, mais très vite, l’enthousiasme reprend le dessus. Nous passons de salles en salles avec toujours plus d’enchantement. Aurélie, munie du livret fourni à l’entrée, lit les commentaires très généraux sur chacune d’elles. Je les complètes en étalant, non sans quelque fierté, la récente connaissance que j’en ai après la lecture des « Contes de l’Alhambra ». Je ne saurais d’ailleurs que trop vous conseiller de les lire car les descriptions des nombreuses salles remplaceront avantageusement celles que je pourrais vous en faire. Pour résumer mes impressions, je dirais, en paraphrasant Baudelaire qu’ici tout n’est que luxe, fraîcheur et volupté. Ce qui frappe surtout c’est l’omniprésence de l’eau et des représentations de la nature. Les nombreuses fontaines irriguent des canaux et l’on devine que le souci majeur des bâtisseur était la recherche de la fraîcheur pour supporter les mois d’été étouffants. Le calme, quant à lui n’est que relatif car, si au départ nous sommes presque les seuls, l’endroit se remplis rapidement de groupes de touristes japonais, américains et parfois espagnols. Il devient impossible voir pénible de circuler car, en plus des multiples marches, il faut faire attention aux pieds. Rassasiés, nous quittons le palais pour nous diriger vers le Generalife (Alexandre, par dérision ou ignorance prononce à l’anglaise Generalaïf). C’est une ancienne caserne militaire dont le principal intérêt réside dans les jardins à la végétation exubérante. Il offre aussi un point de vue plus haut placé que celui de l’Alhambra et domine toute la ville. Malheureusement, nous ne bénéficions pas d’un temps très dégagé ; il pleut. Lorsque nous terminons notre visite, il est déjà 18h00. Nous décidons de nous retrouver vers 21h00 pour aller dans un resto chinois pas cher et copieux. Une fois à l’hôtel, j’en profite pour prendre une douche et somnoler car je pressens, non sans quelques raisons que la soirée ne s’arrêtera pas au restaurant. Au dîner, Pascal, Johann et son amie Emmanuelle nous ont rejoint. Nous formons une grande tablée sympathique. Un incident très français me permet de trouver avec Erwan que je ne connais guère, un point commun. Outre qu’il porte un nom très Breton, comme moi (cozic, ça crée des liens), nous discutons vins et la manière de les accompagné. En effet, le vin blanc que nous avons commandé est bouchonné et, tous deux l’avons immédiatement remarqué. Notre culture franchouillarde est si forte que, après avoir rempli tous les verres, nous exigeons de les changer et qu’on nous apporte une autre bouteille. Habitude ou supplice chinois ? les plats nous sont servis à une cadence infernale qui, si elle satisfait notre faim bien aiguisée, ne nous laisse pas le temps d’apprécier les différentes saveurs. Peu importe, l’essentiel c’est d’être ensemble. Ensuite, nous partons en piste. La première boîte est relativement exiguë mais la musique me plaît. Ce sont les tubes espagnols du moment. J’ai commandé un whisky-coca. Je trouve ça tellement infecte que j’en offre à un client espagnol, puis donne tout le reste à Julien. Je danse avec emmanuelle pour me consoler. A ma déception, nous ne restons pas longtemps et partons à la recherche d’un autre lieu de plaisir. Certains nous sont refusés car nous ne sommes pas assez habillés. Partout dans la rue on nous propose des entrées gratuites. Nous essayons une seconde boîte de nuit, puis une troisième minable. Gonzague et mois sommes fatigués de courir ainsi de boîte en boîte et rentrons nous coucher. Vendredi nous sommes allés sur la sierra Nevada où il neigeait tandis que nous étions plutôt équipés pour la plage. Samedi, nous avons tenté de nous rendre à Màlaga, histoire de voir la côte, et éventuellement de nous baigner. Malheureusement, le mauvais temps persistant, nous nous sommes arrêtés à Almuneca où j’ai acheté une coupelle en céramique peinte à la main pour Rosi qui m’avait fait part de son goût pour ces objets artisanaux. Nous avons déjeuné dans un joli petit village aux maisons blanches, aux ruelles très étroites et pentues. Notre groupe de 12 n’est pas passé inaperçu. En rentrant à Valence dimanche, nous n’avons trouvé de train disponible pour cause de retour de semaine sainte. Nous avons donc pris le bus le lendemain, non sans être passés par l’incontournable BurgerKing et sans avoir dû subir les guelardises du toutou de la colocataire de Benoit, ainsi que les élucubrations philosophiques de ladite locataire.
Je suis rentré épuisé, mais la tête pleine de bons souvenirs et la satisfaction d’avoir vu l’un des joyaux de l’art mauresque.
Depuis, je continue d’arpenter Barcelone, mais je vous en garde pour une prochaine missive. Bien affectueusement à tous.
Tanguy

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© Tanguy Lohéac