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Barcelone, partie 1

Barcelone, le premier jour de printemps

Bonjour à toutes et à tous,
Bien qu’il y ait déjà beaucoup de choses à raconter après trois semaines à Barcelone, l’angoisse de la page blanche existe aussi au moment d’écrire une lettre. Ce n’est d’ailleurs pas tant celle de la page blanche que d’un trop plein désordonné de faits plus ou moins intéressants.
Je commence donc par le plus simple : le récit de mon arrivée et le chaleureux accueil que j’ai reçu de la famille qui m’héberge. Je passe rapidement et sans grande fierté sur le fait que je suis parti sans passeport et avec une carte d’identité presque périmée. Disons simplement que cela a mis un peu de piment à mon départ car Laurence était des plus pessimistes quant à mes chances de pouvoir passer la frontière. Le reste du voyage s’est déroulé sans encombre. Nous avons atterri sous un ciel couvert mais avec une température extérieure de 14 degrés déjà.
Je fus accueilli par Rosa, surnommée Rosi, ce qui change du tout au tout. Après avoir monté guitare, valise et autres sacs bourrés à craquer, nous avons bu un café et lié connaissance. Je lui ai très vite demandé d’être exigeante, voire intraitable sur mes fautes d’Espagnol et de me reprendre dès qu’elle le pouvait. Je suis ici pour en tirer le maximum, ce qui signifie pour moi, non seulement apprendre des expressions et tournures de phrases typiques, mais également éliminer les fautes de grammaires qui sont une des plus grandes difficultés de la langue ; surtout l’emploi incessant du subjonctif.
Quand je dis que nous avons fait connaissance, il serait plus exact de dire que j’ai fait la connaissance de Rosi car elle en sait déjà beaucoup sur moi, à certains points de vue trop, compte tenu que cette opportunité de logement m’a été offerte par une de mes amies qui leur a raconté pas mal de choses à mon sujet.
Un peu plus tard, est arrivée Vanesa, grande et jolie jeune fille de 22 ans quoique très timide. Je partage avec elle la salle de bain, et c’est tout. Nos horaires et notre timidité respectifs font que nous ne faisons que nous croiser. Aujourd’hui encore, j’ai du mal à m’adresser à elle car je la comprends à peine, tant elle parle vite et avale une partie de ses mots.
Enfin, vers 21 heures, est apparu Marìn. Bien que j’avais eu plusieurs contacts par courriels avec lui, notre première rencontre de vive voix fut, elle aussi, très sympathique. C’est un homme posé, mais doté d’une grande curiosité, plein d’humour et volontiers espiègle. Je ne perds pas de vue que le fait d’avoir été recommandé par une amie me facilite grandement l’entrée en matière. Ils m’ont répété à plusieurs reprises que je devais me sentir chez eux comme faisant partie de la famille. Plus facile à dire qu’à faire, vous vous en doutez. Après de nombreuses années de vie célibataire, cette première expérience dans une famille étrangère est pour moi à la fois très excitante et plaine d’interrogations. Je dois très vite repérer les habitudes et les manies de chacun. Car si Marie-Agnès a été assez bavarde à mon propos auprès d’eux, la proportion ne fut pas nécessairement respectée dans l’autre sens. J’ai, par exemple, dû rapidement comprendre que Vanesa rentrait tard dans la nuit et que, sa chambre étant attenante à la salle de bain, je ne pouvais décemment pas prendre ma douche à 7h30 du matin, sous peine de la réveiller. L’appartement étant par ailleurs totalement dépourvu de moquette ou tissus, le moindre bruit y résonne comme dans une cathédrale. C’est donc toute la maison que je risquerais de mettre de mauvaise humeur.
Parmi les habitudes difficiles à assimiler, voire à digérer, il y a ces fichues heures de repas décalées par rapport aux nôtres. Le matin, compte tenu d’un temps de transport extrêmement variable, je dois partir à 8h00 avec dans le ventre, de simples galettes, genre galettes de Pleben. Ce ne serait pas aussi douloureux s’il ne fallait attendre une heure de l’après-midi pour dégoter un casse-dalle. Heureusement, dès que je reviens vers 20h00, l’instinct quasi maternel de Rosi a grand pitié de mon insatiable estomac et me propose souvent de dîner bien avant 21h30 - 22h00 comme eux. Au début, je rechignais à accepter, préférant attendre que nous mangions tous ensemble. J’y voyais là une bonne occasion de parler de tout et de rien, mais en Espagnol, por favor. J’ai cependant rapidement craqué. D’une part, je me suis aperçu qu’ils mangeaient avec un lance-pierre tandis que je me faisais attendre en savourant ce moment de convivialité. D’autre part, je ne souhaitais pas avoir à me rouler par terre en proie aux pires douleurs stomacales et gargouillantes. Souvent donc, je dîne sous l’œil protecteur de Rosi, ce qui me permet quand-même de discuter de la journée, de politique, de la vie. Ensuite, lorsque Marìn rentre du travail vers 21h00, nous parlons encore. Ce sont pour moi deux moments importants et agréables étant donné que le reste de la journée, nous sommes en cours, entre français uniquement. Ceux-ci sont certes dispensés en espagnol, néanmoins, ils sont plutôt de nature magistrale et peu d’occasions nous sont données de nous exprimer. Heureusement, il y a la cafétéria où je me force à accoster des indigènes pour parler et parler encore. Ici, on prend d’ailleurs vite le pli car tout le monde se parle facilement, dans le bus, dans la rue.
Il me reste à vous présenter Pequi, une saucisse à patte très gentille, bien qu’aboyant un peu trop et réclamant sans cesse à manger comme toutes les saucisses à pattes du monde. Toutefois je resterai respectueux à son égard car, elle est extrêmement affectueuse et c’est surtout mon plus fidèle auditeur quand je joue de la guitare. Elle vient dans la chambre et s’assoit sagement comme au concert. Nous avons passé un contrat, elle moi. Il est convenu que je n’accepterai de lui donner un tout petit bout de mon repas que si elle consent à m’applaudir à chaque fin de chanson. Autant dire que je suis gagnant, du moins pour le moment.
Quant à la ville elle-même, elle est agréable car on y sent l’air marin, parfois frais, le soleil donne de plus en plus souvent et les habitants sont d’une grande gentillesse. Comme je vous l’ai déjà dit, il n’est pas incongru ici de se parler entre vieux et jeunes, dans le bus ou dans la rue, sous n’importe quel prétexte. Bon parfois, il y en a qui poussent un peu trop loin le bouchon et me demandent de leur prêter mes cannes. Là, je dis stop. Parmis les endroits qui m’ont le plus marqué pour l’instant, il y a le parc Guell dessiné par Gaudi avec ses fontaines en céramique dans lesquelles sont vautrés des dragons, en céramique, eux aussi, qui crachent de l’eau plutôt que du feu. Tout un programme. A vrai dire, ce n’est pas ce que je trouve de plus beau mais c’est marrant. C’est comme une salle de bain mais en plein air.
Bien évidemment, il y a la plage, en pleine ville, avec ces petits restos d’où émanent d’appétissantes odeurs de sardines. Le plus extraordinaire est que cette plage je l’ai trouvée un peu par hasard. Avec un copain, nous souhaitions nous rendre dans un petit village au bord de l’eau nommé San Paul del Mar, à une demi-heure de Barcelone en train. Or, chaque fois que nous avons demandé notre chemin, personne ne nous a contredit. J’en conclue que, soit nous avions un tel accent à couper au couteau qu’ils n’ont pas voulu nous faire répéter, soit que, comme au Japon, les Espagnols disent plus facilement oui que non. Quand nous avons su que nous étions prêt du port olympique qui se trouve tout au sud, nous avons compris que nous n’étions absolument pas à l’endroit souhaité. Mais on nous a affirmé qu’il y avait une plage. Alors, nous l’avons effectivement dénichée. Nous y avons fait une sieste, juste histoire de nous fondre dans le paysage et les habitudes du coin. J’étais très tenté de me baigner, mais le vent incessant m’a rebuté. Et figurez-vous que j’ai même résisté à l’envie d’acheter une bière au vendeur ambulant. Mais c’est à cause de mon pote qui n’en a pas voulu. J’aime aussi souvent aller me promener sur les « remblas » qui sont de larges rues piétonnes descendant du centre de la ville vers le port où trône une statue de Christophe Colomb. La journée, il y a plein de marchands d’oiseaux, de fleurs et des musiciens. Par contre le soir c’est disons plus « chaud ».
Je saurais terminer sans vous avoir parlé de la nourriture. Le point négatif est que, Marìn et Rosi ayant rapidement jugé de mon féroce appétit m’ont demandé un supplément de loyer. Ceci est largement compensé par l’excellente cuisine à base de l’incontournable huile d’olive. Je vous passe (ou plutôt non, je ne vous les passe pas puisque j’ai tout mangé) les paellas maison, les tortillas et autres côtes d’agneau, sans parler des succulentes oranges de Valence. Et le Rioja !!! mes enfants !!! Un petit vin gorgé de soleil que se boit comme du p’tit lait. Idéal pour accompagner les calamar frits et diverses tapas. Bref, rien à voir avec l’Angleterre. D’ailleurs je ne sais même pas pourquoi je fais cette stupide comparaison.
Bon, je me vois contraint de vous laisser là car tout ceci m’a donné une faim de torero.
Hasta luego a todos.
Tan

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