Accessibilité militante et arts

New York, partie 1

New York, le 09 02 95

Tanguy Lohéac
207 W 10th street
New York N.Y 10014-2929
U.S.A

Bonjour à Toutes et à Tous.
Avant toute autre brève, l'imprimerie T.L N' CO. présente ses excuses à la majorité d'entre vous qui avez reçu ma lettre de Tokyo commençant par ces mots "Chers Parents". Il s'agit d'un "ennui technique indépendant de notre volonté. Pour vous dédommager de cette confusion, je m'efforcerai de vous offrir un cocktail de peintures new yorkaises façon "globe-trotter".

LES FRISSONS DES DERNIERS INSTANTS.

Les derniers temps de notre séjour à Tokyo furent marqués par la crainte presque palpable d'un tremblement de terre équivalent à celui de Kobe. Une peur largement répandue dans la ville et semble t il justifiée à en croire les images du désastre dont C.N.N et la N.H.K ont fait leurs choux gras. Celles que j'ai pu voir étaient à la limite de la décence journalistique ; à supposer que cette notion ait jamais existé.
Les plus stupides dans cette situation furent les envoyés spéciaux étrangers et particulièrement français qui entretenaient la terreur en se faisant prophètes de l'apocalypse. Ceux ci annonçaient avec la conviction de l'illuminé que la même chose se produirait très certainement à Tokyo dans les prochains jours. Or, à l'heure actuelle, il est encore très aléatoire d'avancer un soupçon de prévision.

A MOI BOUDDHA

Pour nous changer les idées et implorer une éventuelle protection, nous sommes allés à Kamakura qui fut capitale du Japon du XIe siècle au XIIIe siècle et connut l'apogée du bouddhisme. Comme beaucoup d'autres apports étrangers, les Japonais l'ont absorbé, digéré et japonisé.
Bien que certaines circonstances m'amènent à demeurer ZEN, je ne puis vous expliquer les subtiles distinctions entre le bouddhisme original et le bouddhisme japonais. Peut-être a-t-il été simplement miniaturisé tel un lecteur de cassettes devenu Baladur, pardon, baladeur. On n’arrête pas le progrès.
Du rayonnement culturel de Kamakura où se mêlent sans encombre le shintoïsme et le bouddhisme, restent des signes bien présents et très lucratifs.
L'emplacement d'un temple est symbolisé par des portes aux quatre points cardinaux. Ce sont de grandes arches stylisées de bois rouge. Elles ne marquent pas l'entrée, elles la signifient. Puis, après avoir gravi plusieurs séries d'escaliers de dalles, vous atteignez une plus petite porte. Ici, on vend les flèches qui, de chaque foyer, chasseront le mal durant toute l'année. Derrière, l'espace ouvert du temple shinto vous accueille dans le silence de la foule disciplinée.
Non loin de là, à quelques trois cents mètres, médite le grand Bouddha. Sur quoi médite-t-il me demanderez-vous ? Peut-être sur le raz-de-marée de 18... et quelques bols de riz ayant complètement démoli l'enceinte qui l'abritait. A son air coincé, on dirait qu'il n'y fait pas souvent chaud.

TRADITION ET MODERNITE

Le plus surprenant est de trouver aux abords de la ville un temple à la fois garni d'une foisonnante bambouseraie et traversé par une voie ferrée où passe en moyenne un train toutes les deux minutes. La religion s'en trouve désacralisée.

TOUTES LES BONNES CHOSES ONT UNE FIN

Puis, vint l'heure du départ précédée de très près par l'angoisse des bagages. Remarquez, dans 16 M2 on ne risque pas d'oublier quoi que ce soit. Non, comme disait le poète : "le plus dur est de rentrer le cochon dans la peau du saucisson". Et bien là, c'est pareil lorsqu'il s'agit de fermer les valises pleines à craquer. Bien sûr, on peut s'y asseoir mais c'est sans compter sur la perte de poids subit à force de sushi et de soupe aux nouilles.

SORTEZ VOS MOUCHOIRS

Des amis japonais se sont déplacés en nombre pour nous accompagner à l'aéroport. Malgré leur grande voiture, nous ne pouvions caser hommes et bagages : "y en avait tant que tant!" (expression bretonne). Sophie et moi avons donc pris le bus-limousine pendant que notre intendance suivait ! Nous avons dû négocier durement notre excès de valises avant de quitter nos amis, non sans susciter quelque mimique de jalousie de la part de nos "camarades".

A LA CONQUETE DE L'OUEST.

Je vous passe les détails des changements d'avions et autres transferts et vous invite à ouvrir les yeux sur les magnifiques collines ensoleillées de San-Francisco. Odette et Alain, nos hôtes, étaient au rendez-vous.
Ce fut une véritable semaine de vacance toute de repos, de bonne compagnie et d'air pur.
Durant tout le mois de Janvier, des pluies diluviennes s'étaient abattues sur la région donnant au paysage une rare verdoyance. Le plus délicat fut de concilier les envies de lèche-vitrine de Sophie et mes envies d'embruns et de vagues. Entre deux verres de vins californiens, nous avons satisfait les unes et les autres.
Malheureusement, les baleines qui, paraît-il, passent à cette époque à hauteur de San-Francisco, ne nous ont pas attendu. Que voulez-vous, voir ou boire, il faut choisir.
Au coeur de la ville, les maisons victoriennes offrent une touche perfectly British au milieu des palmiers.
Pour nous rendre à New-York, nous devions repasser par Los Angeles et changer de compagnie. Alain nous a très efficacement organisé l'enregistrement direct des bagages de San-Francisco à New-York, l'assistance en chaise roulante et l'accueil à La Guardia Airport par le propriétaire de notre appartement.

PLONGEE SUR MANHATTAN.

Vers 9h du soir, nous arrivons sur l'île de Manhattan toute illuminée et brillante de neige fraîchement tombée; un superbe spectacle. Si la vue nous a saisi, le froid nous a givré le bout du nez. Fatigués et pressés d'arriver, nous ne réalisions pas l'ampleur du changement. Mais quel plaisir de pouvoir enfin s'installer dans un appartement spacieux pour cinq mois ! Il ne manque rien: du toaster (pour nous deux), au magnétoscope (pour moi), en passant par le lave-vaisselle (pour Sophie).
Heureusement, ce cocon au rez-de-chaussée est particulièrement sombre au point que l'on est au courant du temps qu'il fait en téléphonant aux autres. Au bout d'une journée de pantouflage, une démangeaison de découverte nous gratte les pieds. D'autant que les 78 chaînes de télé n'apportent aucune variété.

LA TOUR EIFFEL ? BAUF !

Pour commencer très fort, nous sommes montés à l'Empire State Building d'où nous dominions toute l'île; un vrai vertige glacé ! Des stalactites se formaient sur nos lobes d'oreilles.
Notre quartier est plein de charme et bien approvisionné mais sortez couvert ! les gays y prospèrent. C'est à se demander s'ils ne se reproduisent pas entre eux.
Aujourd'hui dimanche 19 février 1995, nous avons eu la visite des témoins de Jehova toujours aussi actifs dans leur discours enrôleur.
Voici pour le moment les premières impressions de New-York où j'avoue me sentir plus à mon aise qu'à Tokyo, ne serait-ce que par la facilité de la langue et la diversité des populations. "On y rencontre des Italiens, des Argentins ou des Parkistanais", dixit Sophie.
A bientôt pour d'autres Tan-new.

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